Voici la traduction en français de la majeure partie de la brochure
rédigée par Socialist Action en vue du Forum Social Européen
qui a eu lieu à Londres en 2004. A part les parties traitant du
Forum social non traduites, la brochure reste un document de référence
pour analyser la situation internationale et les rapports de forces mondiaux,
même s'il faudrait y intégrer les développements
récents. Le lecteur trouvera bien entendu des références
aux forums sociaux qu'il lui faudra re-situer dans le contexte de la
brochure.
1) LA SITUATION POLITIQUE INTERNATIONALE ACTUELLE
Aujourd’hui ce qui domine l’actualité politique internationale sont les effets de la guerre en Irak, à savoir la résistance prolongée à l’occupation dans ce pays, le mouvement international contre la guerre, et l’impact de tout ceci sur de nombreux pays. Cette situation politique immédiate à la fois regroupe, et repose sur, un certain nombre de tendances politiques, sociales et économiques déjà observées sur le long terme :
• Depuis 30 ans, l’économie capitaliste mondiale subit
un ralentissement. En effet au cours de cette période, chaque
cycle économique international a vu sa croissance baisser par
rapport au cycle précédent. Cette baisse continuelle n’exclut
pas des périodes de remontée au sein même des cycles.
Mais en tout cas, il n’y a pas, pour le capitalisme international,
de perspective immédiate de retour au type de croissance économique
harmonieuse et quasi universelle qu’il a pu connaître, par
exemple, après la deuxième guerre mondiale jusqu’en
1973.
• Sur le plan international et pratiquement au sein de chaque pays, la
société capitaliste crée une polarisation sociale
de plus en plus profonde. Au niveau international, l’inégalité entre
les pays s’est creusée à un point jamais encore atteint
dans l’histoire de l'humanité. Des régions entières
d’Afrique, de même que certaines zones d’Asie et d’Amérique
latine, se désintègrent socialement. En Grande Bretagne,
comme dans la plupart des pays capitalistes développés,
toutes les tendances vers plus d’égalité de l’après
la 2ème guerre mondiale ont été inversées
et les inégalités en termes de salaires et de conditions
de vie se sont accrues.
• Au niveau social, la prolétarisation du monde continue. De nouvelles
classes ouvrières énormes apparaissent en Chine, Inde,
Asie du Sud Est et Amérique latine. Ainsi, et pour la première
fois dans l’histoire de l’humanité, la majorité de
la population mondiale vivra bientôt dans les villes. Dans les économies
capitalistes avancées, la prolétarisation s'étend
aussi grâce à l’entrée massive des femmes dans
le monde du travail, la transformation des travailleurs indépendants
en salariés, la réduction continue du nombre de fermiers,
et enfin la pénétration du grand capital dans la restauration,
la vente au détail (grandes surfaces) et le secteur des services
dont l’expansion se fait aux dépens de l’industrie.
• Sur le plan idéologique, à la fin des années 80
et au début des années 90, le capitalisme a essayé de
promouvoir une vision triomphaliste de l’adoption universelle de
ses valeurs. La forme la plus extrême en fut la proclamation de
la « fin de l’histoire ». L’impact de ces affirmations
fut cependant très relativisé par les problèmes économiques
rencontrés à la fin des années 90 avec la crise
de l’Asie du Sud Est, plus encore par la guerre en Irak. Le mouvement
pour une justice sociale, (FSE et FSI), est devenu l’alternative
la plus connue à ce projet capitaliste et celle qui organise le
plus de gens, bien qu’il existe d’autres forces de par le
monde qui se battent aussi contre les effets du néo-libéralisme
sous d’autres étendards (religieux, marxistes, écologiques,
patriotiques etc…)
• Confronté à de l'opposition (dûe à la dégradation
des conditions sociales) et à une remise en cause de son hégémonie
idéologique, le capitalisme a recours à des idéologies
réactionnaires et à des mouvements politiques extrêmes – avant
tout au racisme et, dans certaines couches, au fascisme. L’hystérie
raciste contre les demandeurs d’asile et autres victimes de l’exploitation
capitaliste se répand dans les mass média. L’extrême
droite est devenue une force significative dans la plupart des pays européens.
On voit apparaître des tentatives d’ « humaniser » des
personnages tels qu’Hitler. Le but poursuivi n’est pas tant
d’installer des régimes fascistes que d’essayer de
gagner le soutien de la population des pays capitalistes développés à l’idée
de mener des guerres telles qu’en Irak, en niant la qualité d’êtres
humains à ceux qui seront tués en grand nombre par de tels
assauts, et ainsi de détourner l’attention de la majorité de
la population des pays capitalistes développés du véritable
responsable de leurs maux, à savoir le capitalisme. Ce racisme
répugnant, et ce déni ouvert de l’égalité des
droits entre tous les êtres humains, corrompent la société dans
ses fondements et sapent la base de toute pensée scientifique
rationnelle.
La situation mondiale soulève donc des questions politiques essentielles
pour tous ceux qui s’opposent à la guerre en Irak et ceux
qui soutiennent le FSE. Des différences et des débats sur
celles-ci seront inévitables au fur et à mesure que le
mouvement se construira. Néanmoins, de par l’importance
des enjeux, nous ne pouvons nous permettre de mettre en danger l’unité dans
l’action du mouvement. La présente brochure est donc une
contribution à ce débat.
2) LA GUERRE EN IRAK ET SES LENDEMAINS
Une des questions clef que le FSE doit explicitement résoudre
est l’évaluation de la situation internationale générale.
Quel est le rapport de forces global au niveau international ? Qui est à l’offensive
et qui est sur la défensive ? Quelles sont les possibilités
de lutte et les trajectoires possibles actuellement ? Les réponses,
explicites ou implicites, données à ces questions détermineront
les questions d’alliances, de revendications et de tactiques.
L’ampleur du mouvement contre la guerre en Irak
Remarquons que c’est la première fois au cours de cette
décennie que l’Administration américaine s’est
trouvée confrontée à une résistance de masse
face à son offensive militaire en Irak. Le nombre de participants
aux manifestations anti-guerre a même dépassé celui
des opposants à la guerre du Vietnam il y a quarante ans. Le débat
fut très intense dans les médias. Même dans des pays
dont les gouvernements soutenaient la guerre, tels que l’Espagne
et l’Italie, la majorité des gens s’y est opposée
avec force. En Grande Bretagne, malgré le soutien à la
guerre des deux directions des partis politiques (Labour et Tory), dans
l’ensemble l’opinion publique a penché vers le refus
de la guerre et s’est de plus en plus affirmée dans ce sens.
Les Nations Unies se sont trouvées sérieusement divisées
sur la question. Mais le plus important reste la résistance continue
et grandissante à l’invasion au sein même de l’Irak,
qui a forcé les gouvernements américain et britannique à dévoiler
de plus en plus clairement le caractère brutal et intéressé de
leur invasion. Cette lutte pose, pour la première fois depuis
le début des années 80, la possibilité d’une
défaite américaine sur un projet international essentiel.
Ce mouvement de masse anti-guerre fait suite à toute une série
de luttes contre les politiques néo-libérales depuis 10
ans. Les étapes clefs en ont été le soulèvement
zapatiste en 1994, la Première Rencontre Intercontinentale pour
l’Humanité et contre le Néolibéralisme dans
les Chiapas en 1996, les manifestations contre l’OMC à Seattle
en 1999, et les manifestations internationales à Prague, Stockholm,
Bruxelles, Bangkok, Washington, Barcelone, Gênes, et Florence.
C’est la convergence de ces divers événements qui
a, en quelque sorte, ouvert la voie aux Forums Sociaux Internationaux
de Porto Alegre (2001-2003) et Mumbaï (2004), et aux Forums Européens
depuis 2002. Simultanément, de grandes grèves contre des
politiques néo-libérales spécifiques ont eu lieu
dans un certain nombre de pays européens (en autres en France
et en Italie). Un gouvernement de gauche dirigé par Lula a été élu
au Brésil, un autre a réussi à se maintenir au pouvoir
au Venezuela avec Chavez, et dans la plupart des pays d’Amérique
Latine l’opposition au néo-libéralisme s’accroît.
Les politiques néo-libérales préconisées
par le FMI dans les années 90 ont mené à des désastres économiques
patents en Asie du Sud Est, en Russie, au Brésil et en Argentine.
Elles ont dû être abandonnées dans la plupart de ces
pays, qui connaissent depuis une forte croissance économique (
Russie et Argentine).
Victoires des perspectives stratégiques américaines
Malgré cette résistance et les difficultés rencontrées
par l’impérialisme américain en Irak, il est clair
que ce dernier a néanmoins réussi à imposer ses
objectifs stratégiques principaux au nom de la guerre, ridiculement
mal nommée, « contre le terrorisme ». Les Etats Unis
occupent maintenant l’Afghanistan et l’Irak, ont des bases
militaires en Asie Centrale, en Ouzbekistan et au Kurguistan, et le nouveau
régime de Géorgie leur est acquis. En Israel, le régime
de Sharon poursuit et approfondit sa politique sanglante de répression
contre les palestiniens. La Libye s’est trouvée forcée
d’établir des relations de complaisance avec les USA. La
pression monte contre l’Iran et la Syrie. Et cela en l'absence
de mobilisation des peuples arabes ou d'autres qui puisse inverser le
processus en cours. A travers l’Europe, la remise en cause de l’Etat
providence s’intensifie et la montée des partis racistes
extrêmistes est dans la plupart des cas, y compris en Grande Bretagne,
plus rapide que celle des partis de gauche. Aux Etats Unis eux-mêmes,
Howard Dean, le candidat du Parti Démocrate le plus opposé à la
guerre, a été battu aux primaires. Quant à John
Kerry, le seul candidat alternatif à Bush ayant une chance d’être élu,
s’il l’était, à part quelques modifications
relativement mineures, maintiendrait pour l’essentiel la politique
actuelle des USA.
Le rapport de forces international
En outre, les USA se font menaçants envers un certain nombre
d'autres pays: l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela et
la Palestine, au cas où une éventuelle défaite en
Irak deviendrait inévitable. En conséquence, malgré l’ampleur
de la réaction populaire contre la guerre en Irak et le militantisme
de ses participants, il nous faut admettre que cela n’a pas permis
de renverser la politique de l’Administration américaine
et de ses alliés et qu’aucun des objectifs internationaux
importants du mouvement pour la justice sociale n’a été atteint.
L’impérialisme américain garde donc l’offensive
tandis que le mouvement mondial pour une justice sociale est lui sur
la défensive – même si les USA sont confrontés à plus
de résistance qu’auparavant. C'est là la seule vision
réaliste de la situation politique nationale et internationale.
Ce n'est qu'en restant strictement objectifs et non par nos vœux
ou nos désirs que nous pourrons élaborer une stratégie
efficace pour vaincre un ennemi aussi puissant que les Etats Unis. Sans
une telle évaluation réaliste, le mouvement se fixera des
objectifs qui ou bien n’auront pas le soutien du plus grand nombre,
ou alors qui mèneront à des reculs avec des défaites
inutiles de groupes individuels ou de luttes. De plus, seule une vision
objective permet de profiter de chaque situation politique afin de consolider
quelques avancées.
Ainsi bien que nous préférerions affirmer que le mouvement
populaire est à l’offensive sur le plan international, qu'il
repousse les attaques des capitalistes et gagne des positions – comme
ce fut le cas après la deuxième guerre mondiale jusqu’en
1979 – ce ne serait pas la vérité. La tâche
du mouvement mondial pour une justice sociale est donc de s'assurer que
la minorité significative qui se bat contre l’offensive
impérialiste, le fasse avec le plus de succès et gagne
le soutien le plus large sur des questions spécifiques afin qu’à terme,
l’offensive impérialiste soit repoussée. Deuxièmement,
il s’agit d'une part de trouver comment, à terme le mouvement
pour la justice sociale peut devenir majoritaire, à la fois localement
et internationalement, ce qui seul permettra de repousser les attaques
impérialistes qui vont s’intensifier dans la prochaine période,
et d'autre part comment passer à l’offensive pour atteindre
nos buts.
Cette situation générale actuelle détermine donc
le terrain où se mène - et doit continuer de se mener -
la lutte sociale. A savoir essentiellement, pour le moment, le terrain
défensif : contre le néo-libéralisme, contre la
guerre, le racisme, et l’extrême droite. La tactique qu'il
nous faut adopter pour ce combat est la création d'alliances les
plus larges possible dans l’action contre les offensives impérialistes
et néo-libérales. Les différences idéologiques,
politiques ou autres, tout en étant discutées, ne doivent
pas empêcher le maximum d’unité dans l’action
contre ces offensives des USA et autres forces capitalistes.
Pour nous orienter dans cette situation, il nous faut une attitude claire
envers les principales forces sociales qui opèrent sur le plan
international et en Grande Bretagne.
3) LA SITUATION ECONOMIQUE MONDIALE ET L'AGRESSION MILITAIRE AMERICAINE
CROISSANTE
Une ère d’agression militaire permanente par les américains.
Derrière toutes ces évolutions politiques au niveau mondial,
il y a le déclin de l’économie capitaliste internationale
des dernières trois décennies. Les forces spécifiques
qui sous-tendent ce déclin poussent l’impérialisme
américain dans la voie quasi-permanente de l'agression militaire.
Cette dernière étant un des traits les plus remarquables
et décisifs de la situation actuelle, nous devons en comprendre
ses racines économiques. L'impérialisme américain
ne choisit pas la tension et l’agression militaires. Elles sont
la conséquence inéluctable de la situation nationale et
mondiale dans laquelle il se trouve.
Trois décennies de ralentissement économique mondial
Dans les années 90, le néo-libéralisme et l’impérialisme
proclamaient que le capitalisme mondial et américain étaient
entrés dans une nouvelle vague de croissance économique
sans précédent. On parlait même d'une « nouvelle économie ».
Cette croissance américaine devenait un nouveau paradigme que
les autres pays se devaient de suivre.
Les faits ont montré que tout ceci était non seulement
totalement faux mais n’était qu’une propagande grossière
montée à partir de l’extrapolation de quelques événements à sensation
sortis de leur contexte, et sur le refus d’analyser les tendances
générales dans leur ensemble. En fait l’économie
internationale est dans une phase de ralentissement depuis la crise de
1973-75, et des secteurs de plus en plus larges sont entrés en
crise ou stagnent. Cette évolution n'a fait que continuer dans
les années 90.
L'exploitation américaine de l'économie mondiale
Il est, en outre, impossible pour le reste de la planète de suivre
le modèle américain. En effet, ce dernier repose sur l’extraction
d’énormes quantités de capitaux venant du monde entier,
comme le montre le déficit de la balance des paiements américaine
qui atteint maintenant plus de 600 milliards par an, c’est-à-dire
1,5 milliards par jour, 5% du PNB, soit presque un tiers de l’accumulation
du capital américaine. Le monde dans son ensemble ne peut extraire
du capital net de lui-même. Il est donc impossible pour le reste
du monde de suivre le modèle impérialiste américain.
Les tendances cumulatives actuelles de l’économie mondiale
sont les suivantes :
• Dans les années 70 les économies africaines se sont enfoncées
dans une crise dont trois décennies plus tard, elles ne se sont
pas encore remises. Une grande partie de l’Afrique sud saharienne
est ravagée socialement et économiquement avec des millions
de morts du fait de la guerre, de la pauvreté et de maladies qu'on
pourrait prévenir et maîtriser.
• Au cours des années 80, la plupart des pays d’Amérique
Latine ont connu une stagnation économique relative. Le continent
n’a pas récupéré son taux de croissance antérieur
malgré la reprise partielle de certaines économies dans
les années 90.
• La plus grande partie des pays d’Europe de l’Est et l’entièreté de
l’ex URSS sont entrées dans une période de déclin économique
catastrophique après la désintégration de l’Union
soviétique en 1989-91 – connaissant la plus grande perte
de production en temps de paix jamais connue dans l’histoire, souvent
supérieure à 50%. Une décennie après, l’Europe
de l’Est n’a toujours pas retrouvé son niveau antérieur
et cela prendra probablement environ 20 ans pour que l’ex URSS
y arrive.
• Dans les années 90, le Japon a connu une longue période
de stagnation économique relative, après 40 ans de croissance
rapide, avec l’effondrement de la « bubble economy » de
la fin des années 80.
• En 1997-98, l’Asie du Sud Est, après plusieurs décennies
d’une croissance économique rapide, a souffert d’une
crise intense. Bien que la croissance ait redémarré, son
taux, de 3 à 5% par an, est bien plus bas qu’antérieurement.
• L’Europe de l’Ouest et la zone euro ont aussi stagné dans
les années 90. Cette tendance s’est encore accentuée
lors de phase descendante du cycle économique depuis 2000.
• Seule la Chine et, à un moindre degré, l’Inde,
parmi les principales économies en dehors des USA, continuent
de démontrer une croissance rapide à long terme.
Le ralentissement progressif et extensif - voire dans certains cas le déclin - de zones de plus en plus grandes de l’économie mondiale crée une décélération progressive de celle-ci. Les taux mondiaux d’investissement sont en baisse et le potentiel de croissance économique à long terme doit donc être lui aussi révisé à la baisse.
Le parasitisme américain de l’économie mondiale
A la lumière de ces données réelles de l’économie
mondiale, la propagande visant à présenter les USA comme
le paradigme d’une nouvelle croissance rapide se révèle
complètement erronée. Les performances de l’économie
américaine ne semblent impressionnantes que si on les compare
au reste du monde qui, lui, a sévèrement décéléré.
Les USA n’ont fait que récupérer leur taux de croissance
habituel depuis un siècle, à savoir 3 à 3,5% par
an, alors que le reste de l’économie mondiale a gravement
baissé en dessous de son taux de croissance du siècle passé.
La croissance américaine n’est financée que par l’énorme
déficit de sa balance des paiements. Aussi, loin de représenter
un paradigme, l’économie américaine n’est qu’un
parasite qui absorbe le capital du reste du monde et qui, de ce fait,
la ralentit.
L’économie et la politique de l’impérialisme
américain
L’énorme déficit de la balance des paiements américaine – plus
de 600 milliards par an – montre aussi que, contrairement aux fréquentes
assertions des médias et des dirigeants, l’économie
américaine n’est pas compétitive au taux de change
habituel du dollar. Mais, une dévaluation substantielle et prolongée
du dollar pour réduire ce déficit et diminuer le besoin
d’un flux de capital venant de l’étranger, pèserait
lourdement sur le niveau de vie américain et créerait une
instabilité politique aux USA. Nous voyons là le lien direct
entre la situation économique des USA et sa situation politique.
Ainsi Nixon et Carter, les deux présidents américains qui
dans l’histoire récente des USA ont dévalué le
dollar – la pré condition pour limiter la dépendance
des USA envers le capital étranger – ont, tous deux, été éjectés
de leur poste de façon ignoble. A l’inverse, Reagan et Clinton,
qui ont maintenu un taux de change élevé du dollar, et
par conséquent des importations bon marché de biens de
consommation et des entrées importantes de capitaux, ont été les
seuls présidents américains qui aient servi jusqu’à la
fin de leur mandat.
La non compétitivité de l’économie américaine
et l’agression militaire américaine
Les USA ont donc choisi la voie de l’agression militaire car leur économie
n’est pas compétitive aux taux de change courants et qu’ils
courent un risque de déstabilisation politique interne majeure
s'ils dévaluaient le dollar de façon prolongée et
substantielle. Si on laissait s’exercer les forces purement économiques,
les USA perdraient de plus en plus leur place concurrentielle face à leurs
rivaux européens et asiatiques. Une érosion progressive
du dollar comme monnaie de réserve aurait alors lieu aux dépens
de l’euro, réduisant d’autant plus leurs possibilités
de manœuvres. Par conséquent, si on laissait les choses se
décider sur le plan strictement économique, on assisterait à une
dégradation progressive de l’hégémonie économique
américaine. Et les tentatives d’y contrecarrer par des moyens économiques, à savoir
une dévaluation prolongée et une baisse du niveau de vie
américain, provoqueraient une instabilité politique et
la défaite probable des gouvernements qui les appliqueraient.
Le seul moyen qui reste aux USA pour essayer d'empêcher que leur
hégémonie ne soit sapée, tout en maintenant une
stabilité politique interne, c'est de tenter de déplacer
les luttes du terrain de la concurrence économique à celui
du pouvoir militaire. Sur ce plan, leur hégémonie loin
d'avoir diminué, a brutalement augmenté après la
désintégration de l'URSS. Les exemples suivants illustrent
leurs tentatives d'utilisation du pouvoir militaire pour résoudre
des problèmes économiques à leur avantage:
• En Irak, grâce à l'intervention militaire, les USA
ont cherché à détruire l'avantage concurrentiel des
compagnies françaises, russes et chinoises et, par le contrôle
du pétrole irakien, à favoriser les corporations américaines
• Au Moyen Orient, ils ont essayé de saper les positions des entreprises
européennes en mettant en avant l' Etat fantoche d'Israel qui
est à leur solde, et en intensifiant la soumission des régimes
arabes de la région.
• En Asie centrale, ils établissent des bases militaires sur le
territoire de l'ex URSS et cherchent à re-diriger les pipelines
vers des pays « clients » des USA comme la Turquie ou la
Géorgie, dans le désir de retirer aux compagnies russes
le contrôle des réserves pétrolières.
• En Europe de l'Est, ils tentent d'utiliser les régimes clientélistes
réactionnaires de Pologne, des Républiques Baltes et d'autres
Etats pour saper la positons de leurs compétiteurs français
et allemands. De même ils utilisent ces gouvernements pour empêcher
la progression de l'intégration de l'Union Européenne,
rivale des USA, et pour essayer d'introduire une distance entre l'Union
européenne et la Russie.
• en Amérique latine, ils ont tenté de renverser
le gouvernement réformiste de gauche de Chavez, et, sous couvert
de la « guerre
contre la drogue » frauduleuse, d'étendre leur assise militaire
sur le continent.
Du fait de ces questions économiques profondes, on doit s'attendre à une
intensification de l'agression militaire américaine dans la période à venir.
Il n'y a aucune façon de persuader l'impérialisme américain
et son administration de s'engager sur une voie plus raisonnable. La
seule solution sera de les vaincre par la lutte.
Aussi la situation en Irak revêt-elle une signification non seulement
régionale mais aussi stratégique. Une défaite du
projet américain en Irak, c'est-à-dire l'utilisation pour
la première fois dans la période récente, de la
force militaire pour occuper un pays d'importance, saperait leur stratégie
sur le plan mondial. Elle donnerait le message que la domination politique
et militaire des USA n'est pas si incontestable que cela et qu'il n'est
pas évident qu'ils réussissent à résoudre
toutes les questions mondiales essentielles à leur profit. A l'heure
actuelle l'Irak est le seul endroit du monde où une défaite
significative de l'impérialisme américain puisse être
infligée.
Aussi la tâche la plus urgente du mouvement mondial pour la justice
sociale (du FSE et du FSI) doit être de lutter pour la défaite
de l'agression américaine en Irak.
4) LE FSE ET LES CLASSES DIRIGEANTES IMPERIALISTES
Le FSE va constamment se trouver confronté à des situations
politiques nouvelles. En effet, la lutte pour une justice sociale internationale
est complexe. D'une part, il existe une myriade d'oppressions maintenues
par le capitalisme contre lesquelles il faut se battre, et d'autre part
la lutte à mener sera longue. Aussi est-il absolument impossible
de prévoir précisément tous les événements,
combinaisons et tendances qui se développeront.
Pour comprendre la situation politique internationale, il faut analyser
les forces sociales qui opèrent au niveau mondial, c'est-à-dire
la dynamique d'ensemble de la situation politique. Cette dynamique dépend
de l'interrelation de tous les facteurs qui agissent sur le plan international
ainsi que leur combinaison spécifique sur le plan national. Elle
comprend certes l'ampleur du mouvement pour la justice sociale sans toutefois
s'y réduire, de même que la seule évaluation des
forces des opprimés et exploités ne suffit pas. Il nous
faut prendre en compte l'ensemble des forces sociales en jeu.
Nous allons donc maintenant voir les trajectoires des différentes
forces sociales existant sur le plan mondial.
L'internationalisation continue de l'économie mondiale
L'internationalisation croissante de l'économie capitaliste mondiale – appelée
communément mondialisation - est à la base du développement
social. Dès son origine, le système capitaliste fut international.
Mais le 20éme siècle a démontré que la production
capitaliste avancée s'est ainsi développée qu'elle
ne peut maintenant fonctionner qu'à l'échelle internationale.
Entre les deux guerres,alors que l'économie mondiale était
atomisée et retranchée derrière les frontières
des empires nationaux, le capitalisme a connu la plus grande crise économique
de son histoire. C'est la deuxième guerre mondiale, et la création à nouveau
d'une économie capitaliste mondiale de plus en plus intégrée
grâce aux USA, qui a permis de relancer une croissance économique
capitaliste soutenue. La mondialisation par conséquent, n'est
pas un développement optionnel ni réversible. C'est la
seule voie possible.
Tout projet de créer une économie purement nationale est
utopique et se révélera incapable de résister à la
pression du capitalisme mondial, au-delà d'un certain délai.
En ce qui concerne les alternatives purement nationales, le projet stalinien,
entre les deux guerres, d'une économie nationale autarcique planifiée,
a montré que « le socialisme dans un seul pays » était,
bien qu'à un prix social effrayant, plus à même de
développer la production que ne l'était « le capitalisme
dans un seul pays ». Le capitalisme dans un seul pays ou dans des
empires nationaux isolés n'est plus viable. Pour qu'une économie
quelle qu'elle soit puisse s'en sortir, elle doit utiliser les ressources
de l'économie mondiale.
Ainsi, si l'économie chinoise, dans les 20 dernières année
a pu se développer avec succès, ( permettant à des
millions de chinois de sortir de la pauvreté), c'est parce qu'elle
a su se servir des tendances économiques mondiales à ses
propres fins, et non grâce à l'autarcie. Mais elle l'a fait
en prenant bien soin de ne pas se subordonner aveuglément à l'économie
mondiale; au contraire, grâce à la nationalisation d'une
grande partie de son économie, elle a utilisé les tendances économiques
internationales en vue de son propre développement. De la même
manière Cuba a su utiliser les tendances internationales pour
ses propres intérêts afin de relancer son économie
après le choc dévastateur qu'a été pour elle,
la fin de l'aide venant de l'ex URSS.
La bourgeoisie impérialiste américaine
Au cours des quelques décennies qui ont suivi la deuxième
guerre mondiale, la classe capitaliste impérialiste la plus puissante
s'est donnée un double objectif:
-tenter d'écraser la montée de la révolution coloniale
qui avait mis fin aux empires capitalistes et renversé le capitalisme
en Chine, au Vietnam et à Cuba.
- Et essayer de démanteler les empires de ses concurrents capitalistes,
en particulier la Grande Bretagne et la France, qui étaient un
obstacle à sa domination sur la majeure partie de l'économie
mondiale. Ils ont cherché à établir un empire mondial
sans colonies formelles.
De l'après guerre jusqu’à 1979, les USA se sont
retrouvés sur la défensive. Le point le plus bas en a été les
défaites en Chine, à Cuba et au Vietnam,et pour finir la
vague de révolutions coloniales des années 79 avec le renversement
du Shah en Iran et de la dictature somoziste au Nicaragua. Mais au moment
de l'arrivée de Reagan, ils ont profité de la rupture entre
l'URSS et la Chine pour lancer une contre-offensive visant à affaiblir
et à détruire l'URSS – qui avait, à des degrés
divers, fait alliance avec la vague révolutionnaire. Cette offensive
contre-révolutionnaire a réussi.
La fraction dominante de la classe capitaliste américaine a évalué que
sa victoire dans la Guerre Froide constituait un changement sans précédents
en sa faveur au niveau des rapports de forces internationaux. Entre 1943,
(défaite de l'armée allemande à Stalingrad), et
1979, l'impérialisme a essuyé des défaites sans
précédents dans l'histoire, qui ont entraîné non
seulement le démantèlement des empires coloniaux mais aussi
lui ont imposé d'importantes contraintes sur sa façon d'intervenir
directement et ouvertement dans les affaires internes des pays du tiers
monde. Ces victoires mettaient fin à cinq siècles d'expansion
coloniale et impérialiste, continue et toujours victorieuse, qui
avait perpétré les plus grands crimes de l'histoire de
l'humanité – la traite des esclaves, le pillage et l'appauvrissement
de nombreux pays, et la réalisation dans plusieurs cas de ce qu'Hitler
avait tenté, à savoir l'élimination par le génocide
de peuples entiers.
Grisée par ses victoires après 1979, la fraction dominante
de la classe dirigeante américaine garde le projet d'inverser
une part plus substantielle de ce changement historique des rapports
de forces. Elle s'est fixée comme but, ouvertement proclamé dans
un certain nombre de cas, de construire un nouvel ordre mondial sous
sa domination directe, et de régler toutes les questions essentielles
en sa faveur. L'idéologie qui enveloppe ce projet est celle de « l'impérialisme
bénin ». L'impérialisme américain prétend
que seules quelques poches de résistance, certains Etats rebelles,
et des réfractaires à toute réforme l'empêchent
de réaliser cet ordre mondial qui garantirait le développement économique
et social, la paix et la démocratie,. Pour écarter ces
obstacles, il est légitime d'avoir recours à la force militaire « préventive » ou à tout
autre forme d'action subversive, y compris des actions unilatérales.
Il suffit que l'Etat américain ou les quelques Etats les plus
proches de lui le jugent nécessaire. La guerre en Irak a été le
banc d'essai de cette orientation politique.
Si la puissance économique et militaire autour de ce projet américain
est vraiment forte, l'idéologie qui le sous-tend n'est qu'un tissu
de mensonges. Il n'existe pas plus d'impérialisme bénin
que de tigre végétarien. Les méthodes de l'impérialisme
américain se sont avérées être les mêmes
que celles de ses précurseurs européens. Elles incluent:
• le massacre de 2 millions de vietnamiens
• l'utilisation inutile de l'arme nucléaire au Japon
• les incursions militaires répétées en Amérique
latine, au Moyen Orient et en Afrique
•l le bombardement systématique et gratuit de la Corée du
Nord pour la détruire économiquement dans la phase ultime
de la guerre sur cette péninsule.
• Le soutien de la grande majorité des régimes les plus
répressifs et les plus odieux du monde: 4 décennies de
soutien à l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid jusqu'à ce
que les USA soient obligés de l'abandonner, le soutien à Franco, à Salazar,
aux régimes guatémaltèques successifs, à Israel,
au Shah d'Iran, Pinochet, Marcos, Somoza, aux colonels grecs, et à l'Arabie
Saoudite
• l'imposition de programmes économiques par le FMI et l'OMC qui
se sont soldés par la mort de millions de personnes dans la plus
complète indifférence alors que les problèmes étaient
solvables.
• La réduction de milliards de personnes à la pauvreté et
les dizaines de millions de morts causées par des maladies qu'on
eût pu prévenir ou contrôler
• le harcèlement judiciaire de la population américaine
noire
• la destruction de l'environnement au niveau mondial
• enfin l'empressement à utiliser la force militaire contre tous
ceux qui s'opposent à lui
Les classes dominantes européennes et japonaises
Les classes dirigeantes européennes n'ont aucune objection morale à l'instauration
d'un ordre mondial ouvertement impérialiste. Elles en ont été les
précurseurs pendant plusieurs siècles et ont essayé de
le maintenir ensuite dans les territoires ex-coloniaux qui avaient formellement
gagné leur indépendance. Mais elles souhaiteraient être à la
tête d'un tel ordre, ou le cas échéant; y participer
de façon significative. Elles considèrent donc qu'il est
dangereux que les USA le construisent unilatéralement – car
ces derniers utiliseront ce pouvoir unilatéral pour résoudre
les questions en leur faveur au détriment de leurs compétiteurs
européens.
Aussi, la France et l'Allemagne, les deux Etats européens les
plus importants, actuellement en accord avec la Russie, préconisent
un condominium des Etats impérialistes, tel que l'ONU, pour mettre
en place de tels projets impérialistes. Ainsi apparaissent des
différences tactiques avec les USA, (par exemple en Irak) et à des
phénomènes de concurrence économique intensifiée– comme
entre l'euro et le dollar sur le statut du fond de réserve.
Confronté localement aux forces militaires chinoise et russe,
le Japon est pour sa part incapable d'assumer, ne serait-ce que partiellement,
un rôle indépendant des USA. A l'heure actuelle, l'impérialisme
japonais se contente donc de reconstruire son potentiel militaire, d'écarter
les obstacles politiques à son utilisation, de réhabiliter
des idéologies ouvertement nationalistes, militaires et impérialistes,
et d'établir les bases technologiques pour l'acquisition ultérieure
d'armes nucléaires.
Quelle attitude adopter vis à vis des classes dominantes impérialistes?
A notre époque d'armes de destruction sans précédents,
les crimes impérialistes à venir risquent de surpasser
ceux du passé – allant jusqu'à l'utilisation d'armes
nucléaires. Pour obtenir un soutien populaire et une légitimité à leurs
projets, les impérialistes doivent promouvoir des idéologies
et des mouvements politiques ultra réactionnaires. Le racisme
et la xénophobie envahissent de plus en plus les médias
des pays impérialistes. Afin de justifier l'idéologie impérialiste,
on minimise l'importance de la perte d'une vie chez les arabes et autres
peuples, on banalise et élimine l'expression de divers points
de vue dans les médias, et on dégrade systématiquement
la pensée, la science et la culture humaines.
La résistance des peuples et des pays à de telles politiques
sera inévitable. Les tentatives de mettre en oeuvre ces projets
feront entrer le monde dans une ère de conflits,de guerres et
de crimes permanents. Aucune fraction des puissances impérialistes
ne s'opposera de façon systématique à ces visées,
cherchant avant tout à en tirer plus d'avantages que leurs concurrents.
Etant donné la nature et l'histoire des bourgeoisies impérialistes,
aucun mouvement progressiste, y compris le FSE, ne devrait faire confiance à aucune
de leurs fractions. Cependant dans nos luttes, il est possible et utile
d'exploiter les divergences inter-impérialistes, voire de faire
des alliances pratiques avec certaines fractions – ainsi le Brésil
avec la France, l'Allemagne et la Russie contre la guerre en Irak, Cuba
dans sa lutte contre l'encerclement américain, la Chine qui tente
d'élargir son champ de manoeuvre économique et politique.
De telles alliances sont cependant purement tactiques et ne signifient
pas que tel groupe d'impérialistes soit plus progressiste qu'un
autre. Chaque classe dirigeante impérialiste rêve au fond
d'avoir le pouvoir qui lui permettrait d'atteindre le niveau de crimes
des impérialistes américains.
Il est donc tout à fait acceptable de conclure une alliance tactique
avec une classe dirigeante impérialiste pour défendre des
opprimés et des exploités – par exemple avec les
impérialismes français et allemand contre les américains
en Irak. Mais, même dans cette lutte, les classes dirigeantes impérialistes
seront un allié hésitant, incertain et lâche. Avant
tout on ne peut leur faire confiance sur le plan stratégique.
Notre but stratégique permanent doit être l'expansion des
sphères d'organisation des exploités et des opprimés
dans la plus complète indépendance vis-à-vis de
toute fraction impérialiste. C'est dans ce cadre que les questions
tactiques doivent être abordées.
5) LES TENDANCES POLITIQUES DANS LES PAYS SEMI COLONIAUX
Les classes capitalistes semi-coloniales
La mondialisation croissante de l'économie capitaliste a de
façon générale miné et affaibli les classes
bourgeoises semi-coloniales soumises à la pression impérialiste.
Dans les secteurs décisifs de la production, elles sont incapables
de soutenir la concurrence des multinationales qui, par conséquent,
pénètrent de plus en plus leur marché intérieur
et en prennent le contrôle. Les pays impérialistes sont
en train de s'installer dans les Etats semi-coloniaux par le biais non
seulement de la propriété privée mais aussi des
mass medias, du marketing et de la culture. Mais pour lutter contre cette
domination impérialiste, la mobilisation des masses populaires
de ces pays est fondamentalement nécessaire, ce qui mettrait en
péril les bourgeoisies semi-coloniales elles-mêmes. Aussi
ces dernières adoptent-elles de plus en plus; soit une attitude
servile devant l'impérialisme américain et ses relais directs
(l'Egypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie, le Nicaragua et la Colombie),
soit elles tentent de gagner une certaine marge de manoeuvre en exploitant
les conflits d'intérêts inter-impérialistes, en particulier
entre la France et l'Allemagne contre les USA. C'est la voie suivie par
le Brésil, l'Argentine, et l'Afrique du Sud. De telles divisions
peuvent augmenter les marges de manoeuvre des mouvements populaires.
Dans la plupart des cas, les bourgeoisies semi-coloniales continuent
d'attaquer leurs propres populations au niveau économique et social
quand bien même elles s'engagent dans des conflits partiels contre
l'impérialisme. Cependant dans un petit nombre de cas, le plus
récent étant celui du Vénézuela, des secteurs
de la bourgeoisie semi-coloniale sont entraînés dans des
conflits importants contre l'impérialisme, impliquant de larges
mobilisations populaires.
Les mouvements politiques des bourgeoisies semi-coloniales.
Dans un tel contexte international, les grands mouvements réformistes
internationaux des années 50 à 70 (Bandung, le Mouvement
des Non Alignés) se sont effondrés, échouant comme
forces susceptibles d'avoir un impact, et avec elles, la plupart des
dirigeants de type bourgeois réformistes (Nkrumah, Sukharno, Nasser,
Nyrere) qui composaient leurs bases politiques sur le plan national.
Les tentatives de créer des regroupements sur une base similaire
en Amérique latine par exemple, n'arrivent pas fondamentalement à changer
la situation internationale, et n'ont pas le dynamisme des mouvements
non alignés des années 54 à 79.
Tout mouvement international pour la justice sociale devra donc se baser
sur, et impliquer, des forces populaires beaucoup plus directement que
ne l'ont fait les mouvements non-alignés de l'après deuxième
guerre mondiale. Ainsi, le FSI et le FSE ont certes reçu le soutien
de partis réformistes, particulièrement au Brésil,
ainsi que de secteurs de la bourgeoisie impérialiste comme en
France, mais ils sont beaucoup plus liés aux mouvements sociaux
et populaires que ne l'était le mouvement des non-alignés.
Quand les bourgeoisies semi-coloniales prennent des mesures qui correspondent
aux besoins de l'ensemble de la population, ou qui vont à l'encontre
des intérêts impérialistes, il est nécessaire
de conclure avec elles des accords pratiques afin de poursuivre ces luttes.
Ainsi au Vénézuela ceux qui se battent pour une justice
sociale doivent totalement soutenir Chavez qui résiste aux tentatives
de l'impérialisme et de la droite locale de le faire partir. Au
Brésil, tout en s'opposant à l'orientation économique
et sociale droitière du gouvernement Lula, il faut soutenir son
opposition à la guerre des USA en Irak et
aux politiques impérialistes de l'OMC.
La petite bourgeoisie urbaine et rurale des pays semi-coloniaux
Dans les pays semi-coloniaux, les rapports entre la classe ouvrière
et le mouvement pour une justice sociale, avec la petite bourgeoisie
des villes et des campagnes sont de la plus haute importance. Ces couches
sociales, en particulier la paysannerie, ont été l'une
des bases essentielles de l'anticolonialisme progressiste. Ils ont soutenu
ou constitué la base populaire de masse de partis bourgeois réformistes
(mouvements africains anti-coloniaux, Congrès Indien, Peron),
de mouvements révolutionnaires petits bourgeois (FNL algérien),
et dans certains cas de partis ouvriers (Parti communiste chinois, Castro).
Cependant, les défaites essuyées par la classe ouvrière
depuis les années 1970 les ont, dans certains cas, fracturé ou
affaibli. Ainsi des sections de la petite bourgeoisie urbaine et de la
paysannerie se sont mises à soutenir ouvertement les forces pro-impérialistes
(Parti d'Action Nationale mexicain – PAN) tandis que certains courants
se mobilisent contre l'impérialisme au nom d'idéologies,
religieuses ou autres. Dans ce dernier cas, le mouvement pour la justice
sociale, tout en étant en désaccord avec ces idéologies,
se doit d'entreprendre des actions communes avec eux dans la lutte contre
la bourgeoisie impérialiste qui représenté la plus
puissante menace contre l'humanité. Un des buts fondamentaux du
mouvement reste que ces petites bourgeoisies rurales et urbaines épousent
de nouveau une orientation progressiste radicale car la classe ouvrière
des pays semi-coloniaux n'a de chance d'être victorieuse qu'en
s'alliant à elles.
6) LA SITUATION DANS LES PAYS IMPERIALISTES
L'orientation générale des bourgeoisies impérialistes
a déjà été décrite ci-dessus. Cependant
la classe capitaliste des pays impérialistes représente une si
infime partie de la population qu'elle ne peut maintenir sa domination qu'en
gagnant le soutien de larges couches sociales. Pour ébranler ces bourgeoisies,
il faut donc les couper de ce soutien social.
La petite bourgeoisie des Etats impérialistes
Dans de nombreux pays impérialistes, la mondialisation entraîne
l'élimination ou l'écrasement d'un nombre important de
petites entreprises. Mais, du fait des victoires importantes remportées
ces dernières années par les impérialistes et de
l'échec des directions social-démocrates et communistes à les
contrecarrer, des secteurs du petit capital se retournent non pas contre
leurs vrais oppresseurs mais contre d'autres pays, et aussi contre les
minorités ethniques et raciales de leur propre pays. Cette tendance
se développe d'autant plus qu'elle converge avec le besoin des
bourgeoisies impérialistes de rassembler derrière elles
la population sur des projets réactionnaires, en utilisant la
concurrence inter-impérialiste. Ainsi, une résurgence d'idéologies
et de mouvements politiques réactionnaires nationalistes, racistes
et fascistes a lieu dans la plupart des pays impérialistes- sur
le modèle de Lepen qui joue le rôle de figure internationale
dirigeante.
Ces courants qui préconisent ouvertement ou implicitement le retour
aux régimes fascistes des années 30, sont complètement
réactionnaires. Bien que les secteurs dominants de la bourgeoisie
impérialiste ne sont pas obligés de rechercher – et
ne le font pas activement – l'instauration de régimes fascistes
dans leurs propres pays, ils trouvent néanmoins ces mouvements
très utiles et par conséquent leur donnent une aide importante
par le biais des mass médias et autres moyens à leurs disposition.
Une lutte en profondeur et pied à pied contre ces forces qui cherchent à rabaisser
la majorité de l'humanité à un statut de sous-humain,
et à écraser tous les mouvements d'exploités et
d'opprimés, sera un champ permanent d'activités dans les
années à venir et devra se faire dans l'unité.
Le libéralisme et la social-démocratie
Dans les pays impérialistes, le libéralisme et la social-démocratie
dépeignaient la guerre froide comme une lutte entre d'une part
un système communiste totalitaire et agressif, et de l'autre des
forces « démocratiques », pacifiques et défensives
qui étaient en faveur de la libre entreprise et de l'économie
mixte sous hégémonie américaine. La victoire de
ces dernières allait ouvrir une ère de paix, et de progression
politique et sociale qui assurerait un progrès pour l'humanité.
Il fallait donc fondamentalement soutenir les orientations des pouvoirs
impérialistes tout en critiquant les « excès » de
leurs méthodes et de certaines de leurs actions isolées.
Cette analyse a entièrement été réfutée
par les événements. Loin d'être pacifique, défensive
et libérale, la victoire des USA dans la guerre froide a été suivie
d'une recrudescence d'agressions militaires, de tentatives de mettre
en place des systèmes tels que le National Missile Defence l'autorisant à agresser
nucléairement d'autres pays, d'attaques contre les acquis sociaux
et politiques des secteurs les plus opprimés et exploités
de la population et d'une résurgence du racisme et du nationalisme
réactionnaire dans de nombreux pays. Les événements
depuis l'effondrement de l'URSS confirment que la guerre froide n'était
rien d'autre qu'une agression impérialiste par les USA et ses
alliés contre une Union Soviétique qui assurait un certain
contre poids militaire et politique. La direction de l' URSS n'était
pas engagée dans une « agression » mais a, au contraire,
montré sa faillite à mener une lutte conséquente
et résolue contre l'impérialisme – sacrifiant à l'étroitesse
de ses intérêts bureaucratiques, non seulement la population
de son pays mais aussi d'autres luttes. La direction bureaucratique de
l'Union Soviétique, en alliance avec l'impérialisme, a
suivi ce cours jusqu'à sa conclusion logique: à savoir
elle a été la principale force qui a restauré le
capitalisme sur le territoire de l'URSS – condamnant par là la
population de ces pays à des conditions économiques, sociales
et politiques pire que celles qui existaient avant 1991.
Suite aux victoires de l'impérialisme à partir des années
1980, des sections des directions social-démocrates ont adopté des
positions néo-libérales, du type de celles de Blair, tandis
que la plupart des autres prenaient des positions social-démocrates
de droite (Jospin, Schroeder). Dans la plupart des pays, les partis Communistes
ont été marginalisés.
Malgré sa direction bureaucratique, la désintégration
de l'URSS et la restauration du capitalisme sur son territoire ont représenté une énorme
défaite nationale et internationale qui a entraîné une énorme
régression sur ces deux plans. Au sein de l'ex URSS, le niveau
de vie et la protection sociale ont brutalement chuté. L'espérance
de vie masculine a baissé de dix ans. Des millions de femmes ont
plongé dans la pauvreté et la prostitution. Des dizaines
de milliers de personnes ont été tuées dans des
guerres en Azerbaïdjan, Tchétchénie et Géorgie.
Et la population de Russie est aujourd'hui de deux millions moins importante
qu'elle aurait été si sa progression s'était poursuivie
au rythme antérieur. Sur le plan international, cela a signifié l'élimination
du plus puissant Etat qui avait la capacité matérielle
d'aider les luttes contre l'impérialisme: par exemple, il a largement
contribué à la victoire du Front National Vietnamien sur
les USA. La destruction de l'URSS a été suivie d'une vague
réactionnaire à l'échelle mondiale qui continue
encore.
La place des partis communistes et sociaux-démocrates dans la
société
Les partis sociaux-démocrates, et dans une moindre mesure les
partis communistes, continuent à bénéficier du soutien
de la majeure partie de la classe ouvrière. Les forces à leur
gauche ne sont soutenus que par 5 à 10% de la population, souvent
moins, dans les pays les plus avancés économiquement. Il
y a bien plus de forces qui rompant avec les partis traditionnels ont été à l'extrême
droite qu'elles n'ont été vers la gauche – une indication
de l'état actuel réel des rapports de forces.
Tant que la majorité de la classe travailleuse continue de soutenir
les partis communiste et social-démocrate, ceux qui se battent
pour la justice sociale ne peuvent entraîner dans l'action la majorité de
la population qu'en concluant des accords pratiques avec ces partis ou
avec des courants à l'intérieur de ces partis. Il faut
donc essayer d'entrer dans des actions unitaires avec ces forces contre
l'impérialisme et le capitalisme, tout en se battant en même
temps contre les politiques droitières des directions communistes
et social-démocratiques.
L'émergence d'ailes gauches au sein des partis réformistes
A cause du caractère de masse des organisations social-démocrates
et communistes, tout regain de combativité populaire les touchera
automatiquement et produira des courants de gauche en leur sein avec
lesquels des actions unitaires devront être menées non seulement
dans la lutte contre les impérialistes mais aussi contre les ailes
droites de ces partis. La faiblesse générale des courants
de gauche au sein des partis communistes et social-démocrates
ne signifie pas qu'ils seront complètement contournés en
cas de lutte; ainsi le parti travailliste va continuer à exister
comme le parti de masse de la classe ouvrière en Grande Bretagne;
mais cette faiblesse des courants gauches reflète le rapport de
forces défavorable.
Une des questions tactique les plus importantes que doit résoudre
le mouvement pour la justice sociale est de savoir analyser la nature
de chaque situation spécifique et donc des luttes et des revendications,
pour définir les bases sur lesquelles se battre dans l'unité.
7) L'UNITE DANS L'ACTION
Les victoires remportées par l'impérialisme à partir
des années 80 ont désorienté les classes travailleuses
de la plupart des pays et tous les militants anticapitalistes, et dans
de nombreux cas ont gravement affaibli leurs organisations. Le nombre
de syndiqués a énormément chuté dans presque
tous les pays. Au Japon, les partis capitalistes de droite ont réduit
les anciens partis ouvriers à des groupes relativement marginaux.
Aux Etats Unis les syndicats, sauf dans le secteur public, ont pratiquement été marginalisés.
La majorité des partis communistes a vu leur nombre se rétrécir,
et dans certains cas, comme en France une partie importante de leur base
sociale la plus opprimée a été gagnée aux
organisations fascistes et racistes. Les courants les plus droitiers
ont pris la direction des partis sociaux démocrates, et partout
ont eu lieu des privatisations et des remises en cause des acquis sociaux
fondamentaux comme le gouvernement Blair l'illustre brillamment.
Après tant de défaites d'une telle ampleur, la résistance
acharnée contre l'impérialisme d'un certain nombre de couches
sociales, certes importantes mais minoritaires à partir du milieu
des années 1990, ne pouvait se faire que sur des questions assez
diverses. Celles-ci ont naturellement généré différentes
idéologies, tout en en étant elles-mêmes le reflet,
et des stratégies et tactiques différentes basées
sur ces expériences. Une période prolongée de luttes,
inévitable étant donné le caractère de plus
en plus profond de l'offensive impérialiste, aura donc lieu avant
que ne soit largement adoptée une stratégie commune capable
d'infliger une défaite soutenue aux capitalistes. Le mouvement
international contre la guerre en Irak, le FSE et le FSI sont des pas
importants dans cette direction.
Dans les nombreuses luttes actuelles et à venir, le principal
critère pour juger les forces en présence n'est pas l'idéologie
ou les positions théoriques proclamées mais les positions
concrètes qu'elles prennent sur les questions immédiates
et importantes des luttes sociales. Ceci doit être reflété dans
le ton des discussions sur les différences et les tactiques. Socialist
Action souhaite s'engager à la fois dans des débats mais
aussi dans des actions unitaires avec toute une série de forces
en lutte. C'est pourquoi elle soutient la tenue du Forum Social Européen à Londres
en 2004. La discussion nécessaire et inévitable qui aura
lieu ne doit pas empêcher l'unité dans l'action contre l'ennemi
capitalisme commun. Les larges masses, voire les couches militantes les
plus avancées ne doivent pas juger les opinions au sein du mouvement
pour une justice sociale, essentiellement du point de vue de leur idéologie
mais surtout en fonction de leur propositions pratiques pour la lutte
sociale. La condition essentielle pour être une direction politique
n'est pas sa capacité à produire des théories et
des analyses mais sa capacité à diriger de grandes forces
sociales en lutte. L'analyse et la théorie ne sont importantes
qu'en tant qu'elles mènent à une lutte politique plus efficace,
et non parce qu'elles s'y substituent.